FIASCO - Création 2021

le désaccord comme processus créatif, sur fond de punk et de Marseillaise.

PREMIERE  -  Mardi 14 décembre 2021  -  La Rampe d'Echirolles (38)

CONCEPTION

Collectif ÈS

Pièce interprétée et créée avec 

Adriano Colleta

Julie Charbonnier
Sidonie Duret

Martín Gil

Sophie Lèbre
Jeremy Martinez

Emilie Szikora

Joan Vercoutere

Créatrice son

Orane Duclos
 

Créatrice lumière

Léa Maris

Créateur costumes

Bertrand Nodet

Regard Extérieur

Magali Caillet-Gajan 

Vidéos

Wilfrid Haberey

Régisseur Général

Pierre-Jean Heude
 

Remerciements

Emmanuel Parent, Marie-Françoise Garcia, Marion Gatier, Jacky Rocher, Anouk Médard, Vincent Vergne, Elisa Manke, Jade Sarette

PRODUCTION 

Raphaëlle Gogny - Collectif ÈS

COPRODUCTIONS 
Collectif FAIR-E / CCN de Rennes et de Bretagne Comédie de Clermont Ferrand, Scène nationale La Rampe - La Ponatière, scène conventionnée Art et Création - Echirolles - Maison de la Danse de Lyon - CCN Ballet de Lorraine - Espace 1789 de Saint-Ouen, scène conventionnée pour la danse - Théâtre Molière Sète, scène nationale archipel de Thau - Le Vellein, scènes de la CAPI Isère - CCN2, CCN de Grenoble

SOUTIENS

Caisse des Dépôts, La Maison de la danse de Lyon.
 

Le Collectif ÈS est artiste associé à La Rampe, Scène conventionnée danse et musiques d'Echirolles. 

Le Collectif ÈS est subventionné par la ville de Lyon et par la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes au titre de l'aide à la structuration.

FIASCO : La danse comme analyseur social - par Christophe Hannah
 

Fiasco présente tous les traits qui, à mes yeux, distinguent si nettement l’art du Collectif ES aujourd’hui : l’humour comme teinte spécifique affectant chaque proposition chorégraphique, la chorégraphie intuitivement conçue comme un dispositif documentaire, l’actualité (au sens médiatique du terme) comme sujet de la danse elle-même, ces trois aspects étant étroitement interdépendants. Mais dans Fiasco, qui parle de ce qui échoue à nous relier, de ce qui entrave l’humanité dans nos dialogues, bloque nos logiques d’entente, l’humour devient plus grinçant, le dispositif documentaire plus dense. Quant à la critique de l’actualité médiatique, il me semble qu’elle explore ici de nouveaux chemins en s’attaquant à la manière dont persistent, dont sont exploités, dans notre univers symbolique, des monuments comme « La Marseillaise » ou « L’hymne à la joie ».

J’observe sur leur scène l’association apparemment anarchique de matières culturelles ambiantes. Les codes expressifs de la propagande politique, la gestuelle du militantisme contestataire, la danse des ES les récupère pour les confronter, les enchevêtrer avec des postures des résistances privées ou exprimées dans les circuits virtuels de la protestation en réseaux. Qu’est-ce que leur coprésence provoque quand on l'intensifie ainsi en la resserrant dans l’espace chorégraphique ? Quel genre de « citoyens gestuels » s’exposent alors à nos sensibilités ? Quelle forme de communauté, de manière d’être ensemble leur est encore permise ?

Le langage chorégraphique des ES ne cherche pas à se constituer en œuvre autosuffisante, à susciter avant tout chez le spectateur le seul plaisir d’une beauté formelle, la satisfaction d’un goût pour la perfection technique. Ce langage est documentaire parce qu’il tente de saisir et de questionner des événements, notamment ceux de notre histoire récente, l’histoire de nos déboires. À cet égard, « La Marseillaise », dont Fiasco se ressaisit, possède un statut particulièrement intéressant. Chacun sait que cet hymne a pu recouvrir des significations diverses liées à des systèmes de valeurs antagonistes. À l’origine, chant d’un combat révolutionnaire, égalitaire et antidespotique, il peut aussi, lorsqu’il est braillé par certaines bouches, prendre le ton réactionnaire d’un nationalisme morbide et phallocrate. “La Marseillaise” contient en puissance des injonctions posturales, une symbolique gestuelle confuses et même contradictoires. C’est pourquoi, comme nous l’entendons sans cesse et en sommes physiquement imprégnés, elle peut agir sur nous à la manière de certaines tâches imposées par le monde du travail, qui nous conduisent à intégrer et répéter des gestes incompatibles, cela jusqu’à la blessure et l’épuisement. Que certains symboles sociaux forts, comme cet hymne, aient aussi le pouvoir, à certains moments, de nous paralyser, de nous zombifier, c’est ce que nous montre Fiasco : voilà, pour les ES, leur manière d’être politiques. Non pas en se ralliant à une idéologie repérable dans le champ de luttes spectacularisées des partis, mais en analysant par la danse les tensions d’époque qui traversent nos corps.